MANDANA BAFGHINIA


Née en 1984 à Téhéran, elle vit et travaille à Paris en tant qu’architecte et artiste.

 

 

“L’utopie est l’expression imaginaire de la mise en œuvre d’une société idéale qui accomplirait le bonheur de tous. Pour cela, il faut bâtir, construire, structurer et organiser les villes, mais aussi les individus, afin que chaque chose, chaque homme, puisse trouver sa place. Mais de l’utopie à la dystopie, il n’y a parfois qu’un pas…”  

Mandana

 

L’univers est noir et inquiétant, la vision peut sembler pessimiste. Chez Mandana, la ville n’est plus la cité idéale qu’elle pouvait être. Le rêve d’une société radieuse a vacillé, et ce sont désormais l’oppression et l’uniformisation qui hantent la ville. Oppressé par son environnement social et urbain, l’individu est devenu un simple rouage, et la ville un tourbillon – un engrenage.

 

La vidéo Sound Scraper figure – avec une économie de moyens impressionnante –  une société déshumanisée refusant toute singularité aux individus, lesquels ne sont plus que des clous, tous identiques et plantés en rangs bien droits. La caméra échoue à les cerner tous tant la masse qu’ils forment semble infinie : toute fuite est rendue impossible. L’homme de Scarface est lui aussi enfermé, derrière des bandes de peintures noires figurant des barreaux. Quant au paysage de Skyscraper, le ciel qui constituait la seule ouverture, figure désormais un labyrinthe peint avec une peinture blanche épaisse qui tremble et miroite à l’horizon. Elle endigue toute fuite, il n’existe plus d’échappatoire, pas même pour notre regard maintenu sur la toile par l’épaisse bordure noire qui la cerne.

 

L’architecture joue également un rôle important dans cet effet. Déstructurée et absurde, elle n’offre ni appui ni possibilité de refuge ou de fuite. Elle renforce l’isolement et l’inquiétude. À l’enfermement s’ajoute une certaine violence. Mandana privilégie le noir et blanc, le trait et les aplats : pas de dégradés ou de nuances. Les contrastes sont donc extrêmement durs et brutaux. Les coups de pinceaux sont violents et francs, comme les tourbillons qui habillent les barreaux de l’homme de Scarface. Cette violence se fait encore plus claire dans Sound Scraper, où les bruits de tirs succèdent aux bavardages de la foule…

 

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