LOLA CASAMITJANA // EXPOSITION VISIONS URBAINES


Elle est née en 1991, à Annecy, en Haute Savoie, d’une mère marocaine et d’un père catalan. À 17 ans elle part pour l’Inde puis les États-Unis, et se découvre une vraie passion pour la photographie.

 Lola Casamitjana, Dans ses pas, diaporama et son, 8 min 54, 2014.

Lola Casamitjana, Dans ses pas, diaporama et son, 8 min 54, 2014.

 

« …Mais la vieille dame avait disparu et elle continuait sa route. Dans ce matin d’hiver, le froid s’insinuait partout. Tournant le coin de la rue elle frôla un homme adossé au mur, clope au bec. Elle se retourna pour s’excuser, croisant son regard, elle y lut alors une autre poésie. Plus profonde, plus sombre et plus effrayante peut-être. Ses yeux lui parlaient de rage et de haine, de douleur aussi. Elle resserra son manteau autour d’elle, cherchant à empêcher le froid de pénétrer sous sa peau et se détourna… »

 

Lola se décrit elle-même comme une artiste-photographe-écrivain. Toute sa démarche réside en effet dans une volonté de mêler ces différentes pratiques, sans que l’une prenne le pas sur l’autre. Un véritable challenge dans notre société où  l’image est omniprésente, et pourtant toujours assujettie à une légende. Les recherches de Lola sont donc des expériences, des essais :

 

je cherche un équilibre qui permette à la force évocatrice de l’image de s’épanouir en l’alliant à la poésie des images, leur vérité – ma sensibilité”.

 

Dans ses pas évoque une forme de jeu, entre réalité et fiction. Lola commence par écrire les premières lignes d’une histoire, celle d’une jeune femme sortant de chez elle et racontant ce qu’elle voit, sent, pense; ce que lui évoque sa ville, et les rencontres qu’elle y fait. De là, réalité et fiction convergent puisque Lola, armée de son appareil photo, arpente les rues à la recherche de détails pour nourrir son histoire. Elle incarne alors son personnage, revêt ses yeux, et contraint le réel à rejoindre la fiction. Parfois encore, elle commence d’abord par prendre des images qui lui inspirent ensuite le texte. Elle instaure ainsi un véritable dialogue entre réalité et imaginaire, entre écrit et photographie.

 

Mais comment présenter cette œuvre sans que l’écrit prenne le pas sur l’image, ou inversement ? Comment permettre au spectateur de prendre connaissance des deux à la fois ? La forme de Dans ses pas concentre ces enjeux cruciaux. Lola choisit le diaporama auquel elle ajoute une version lue de son texte. Le narrateur, l’acteur Thomas Bouyou, est précisément choisi parce que sa voix – masculine – accentue la dimension fictionnelle : “Je voulais un narrateur masculin pour que l’on ne pense pas que c’est de lui qu’il parle. Il nous raconte”. Ce n’est qu’à la toute fin de la vidéo que Lola adjoint sa voix à celle de Thomas, mêlant à nouveau réel et imaginaire. Chaque page du diaporama comporte deux ou trois photographies qui sont en fait des vues d’une même scène, d’un même objet, parfois de la même image simplement recadrée ou resserrée sur un détail. Car au-delà de la question de la coexistence pacifique entre texte et image, ce que Lola cherche à faire passer dans son travail, c’est la nécessité de regarder : regarder la ville que l’on habite et que pourtant l’on ne connait pas. C’est une incitation à prendre notre temps, notre temps pour voir, et pour s’émerveiller.

 

Laissez un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *