ÉLOÏSE BOUVET // EXPOSITION VISIONS URBAINES


Née en 1989, elle commence des études de psychologie avant de partir six mois en Thaïlande pour s’occuper d’éléphants. Elle reprend ensuite des études d’arts plastiques, à Paris 8, qu’elle poursuit encore actuellement.

 

Éloïse collectionne les rebuts et les objets oubliés dont plus personne ne veut. Ils transitent dans sa cave qui, au fil des ans, s’est muée en une véritable caverne aux merveilles.

De la rue parisienne où Éloïse l’a trouvé, le livre de Fuyons les mots a directement rejoint cette réserve, attendant sagement son heure. Celle-ci aurait pu ne jamais arriver, considérant la propension d’Éloïse à la destruction:

 

“J’ai tendance à tout cacher et à tout détruire si j’ai trop de critiques ou quand ça date trop. S’il n’y avait pas mes proches, je n’aurais plus besoin de payer le  chauffage : j’aurais de quoi faire du feu dans la cheminée toute l’année.”

 

C’est à New-York que l’idée de Fuyons les mots commence à faire son chemin dans l’esprit d’Eloïse, mais c’est à Paris qu’elle prend forme. 
New-York, c’est sa ville préférée : “Je trouve que c’est une ville qui fonctionne, un peu une ville parfaite, impossible de s’y perdre, toujours active, sécurisée, disciplinée”. Une organisation qui, pour Éloïse, tranche avec la frénésie parisienne. Venue aux États-Unis pour faire un reportage vidéo, elle se sert de la caméra pour immortaliser cet environnement qu’elle apprécie tant. De retour à Paris, elle retrouve le livre qu’elle avait mis de côté : une édition allemande de 1924 d’un livre de Thomas Mann. Elle décide alors d’amorcer un projet liant ces trois cultures : allemande, new-yorkaise et parisienne.


Elle extrait de sa vidéo l’image d’une rue de New-York. Elle l’appose ensuite sur le livre et vient creuser et découper en suivant les contours des immeubles. L’ouvrage condense alors plusieurs vies et plusieurs histoires: de livre (lu, feuilleté, possédé), il est devenu rebut (jeté, dégradé, oublié), et enfin objet d’art (revalorisé). En creusant les pages de l’ouvrage, Éloïse le rend complètement illisible. Or, par ce geste, elle ôte toute utilité au livre, et confirme son changement de statut : d’objet pratique, il devient œuvre d’art vouée à la contemplation.
Trouvé à Paris, l’objet raconte aussi quelque chose de cette ville et de ses habitants, pressés au point d’être capables de perdre un livre en chemin. Une agitation qui s’oppose peut-être à l’organisation de New-york, telle que la perçoit Eloïse. Elle conçoit d’ailleurs le livre comme une métaphore même de la ville : à chaque individu sa page et ses mots, il est constitutif de la ville comme il le serait d’un livre. 
Enfin, en superposant une image de New-York liée à ses souvenirs et son ressenti, c’est aussi son histoire qu’Éloïse raconte. 
Histoires vécues, écrites, et dessinées se chevauchent, se complètent et dialoguent.

 

 

 

Laissez un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *