DJAMIL IMANE // EXPOSITION VISIONS URBAINES


Née au Maroc en 1996, elle grandit dans un milieu créatif à Casablanca. En 2014, à seulement 18 ans, elle est l’artiste la plus jeune à représenter son pays  lors de la manifestation “le Maroc contemporain” à l’Institut du Monde Arabe.

 

 

Imane reçoit son premier appareil photo à 12 ans. Trois ans plus tard, il l’accompagne dans son voyage à travers le Maroc, immortalisant ses rencontres et ses coups de cœur. 
Avide de découvertes, Imane se plaît à provoquer cette errance, et à la traduire au stylo ou sur papier glacé. Car Imane, férue de littérature et de poésie persane, manie les mots depuis toute jeune. Venue étudier les lettres et les arts en France, elle profite de son nouveau visa pour parcourir l’Europe.


C’est un vers iranien qu’elle choisit pour titrer son nouveau projet, réunissant paysages européens et marocains: « Où s’harmonisent le pin, la frayeur et moi-même ».  Imane le conçoit comme un carnet de bord, où se mêlent écriture et photographie. Elle les perçoit comme deux champs d’un même “univers magnétique”.

 

“L’une n’apporte rien à l’autre je pense […] mais les deux m’apportent beaucoup à moi. Je suis quelqu’un qui déborde d’émotions. Je ne peux pas les contenir et peut-être qu’un seul médium ne suffit pas”

 

Où s’harmonisent le pin, la frayeur et moi-même commence par une métaphore : une ruine solitaire au milieu des flots. C’est la forteresse de Casamar (Casa del Mar), à Terfaya, dans le sud marocain. Construite à la fin du XIXe siècle par les britanniques, elle a tour à tour connu l’occupation anglaise puis espagnole. Comme une cicatrice, elle marque le paysage et lui rappelle son passé colonial. 
Les vagues qui battent ses flancs la font vivre, mais paradoxalement la mènent aussi vers la mort. Un jour la bâtisse s’effondrera, et que restera-t-il alors, sinon un trou béant ? Cette tension entre passé et futur, entre vie et mort, interpelle Imane. La jeune femme se retrouve dans cette intensité. Ses expériences et ses ressentis fusionnent avec l’histoire de ces lieux. 
En Europe de l’est, c’est Sarayevo qui la cueille. La ville, encore meurtrie par ses blessures est “comme figée dans le passé”. Pourtant les Bosniens, eux, sont constamment en mouvement, comme pour prouver qu’ils sont bien en vie : toujours cette même tension. Les façades ont vécu elles aussi. Elles sont abîmées, trouées, comme criblées de balles. Elles se rident et s’affaissent, comme autant de visages. Les poèmes qu’elle écrit pendant ses voyages s’emparent de ces mêmes thèmes :

 

Ton vieux corps, lui, ne s’exalte plus / Et les océans n’attisent plus / Leurs vagues sont-elles moins opulentes que lorsqu’elles étaient demoiselles ?

extrait de “Tanger”
S’appropriant les questions de territoires et d’identité, Imane érige ces paysages et ces villes en métaphores. Elle les personnifie pour mieux les incarner. 
À travers eux, c’est d’elle qu’elle parle, et sa voix porte avec elle toute la jeunesse marocaine.

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