Bosch – Griffo et Florent Daniel


Parue aux éditions Glénat en 2015, cette bande dessinée scénarisée et dessinée par Griffo, mise en couleurs par Florent Daniel, retrace le parcours du Hieronymus Bosch, peintre néerlandais du XVe siècle qu’on ne présente plus.

Si quelqu’un, ici, a déjà vécu un cours magistral qui ressemble ne serait-ce qu’un tant soit peu à ça, je suis prête à recueillir son témoignage.

Si quelqu’un, ici, a déjà vécu un cours magistral qui ressemble ne serait-ce qu’un tant soit peu à ça, je suis prête à recueillir son témoignage.

Décidément, je crois que je suis condamnée à vous parler de peintres que j’adore par le biais de biographies BD que je ne peux pas encadrer. Pourtant j’y croyais, cette fois.

Au départ, Griffo nous invite à pénétrer dans l’univers de Bosch d’une façon vraiment originale. Se servant des démons de Bosh, il crée un univers ésotérique et intriguant pour nous faire redécouvrir l’incroyable imaginaire du peintre. Sortirait-on enfin du ton souvent trop sérieux qui est de mise dès lors que l’on parle de grands peintres ?
Eh bien non, encore raté. On se retrouve un peu face aux mêmes symptômes que pour la BD Modigliani, prince de la bohème. De bonnes idées de bases, visiblement de bonnes intentions, de chouettes dessins, bref de bons ingrédients, pour aboutir à un résultat tiédasse qui nous reste sur l’estomac.

Mais commençons pas le commencement : L’intrigue. Elle se divise en deux parties qui s’entremêlent au fil des pages. D’un coté nous suivons le jeune Bosch, poursuivi par des démons qu’il est le seul à voir, se taillant par là même une solide réputation de cinglé de service.
De l’autre coté, on nous présente Mathilde de Vlaeminck, jeune universitaire spécialiste de Bosch, dont le gros projet du moment consiste à restaurer une toile du maître.
Chacun de leur côté, ces deux protagonistes poursuivent un but commun : fixer définitivement les démons sur la toile, le tout grâce à un « démonicide » que Bosh utilisera à la manière d’un vernis.

À ce stade de ma lecture, je me suis dit : « pourquoi pas ». J’étais même franchement enthousiaste.
C’est carrément intéressant, comme parti pris, de ne pas faire dans le dramatique, dans le sérieux et l’inquiétant. Ne pas tomber dans le piège du tragique en-veux-tu-en-voilà, ça évite de faire une BD chiante et convenue (oui, c’est de toi que je parle, L’ordre du Chaos – Jérome Bosch, éditée chez Delcourt en 2011.)

Alors, en l’occurrence, ça n’est effectivement pas convenu. Par contre, oui, c’est chiant. C’est chiant parce qu’à plusieurs reprises, on sort totalement de la lecture. Si cette BD était un film je vous dirais que le quatrième mur s’effondre toutes les dix minutes et que c’est nous qui ramassons les morceaux.

Par exemple à la page 8, on assiste à un cours magistral donné par Mathilde de Vlaeminck. Des études en histoire de l’art, j’en ai fait, et je t’assure que je n’ai jamais vu :
– des étudiants tout droit sortis d’American Pie interrompre une prof sans subir la moindre remontrance ensuite,
une étudiante gothique qui pose des questions sur les vampires et les morts vivants,
une enseignante faire une remarque sur le poids d’un de ses élèves devant ses camarades au grand complet.

Toutes ces tentatives d’humour foireuses sont très gênantes à lire. Un peu comme quand tu vois quelqu’un faire une chute ridicule en direct à la télévision, sur une chaîne nationale, à une heure de grande écoute.

Moi je dors en pyjama Batman avec des grosses chaussettes, mais chacun son truc, je juge pas.

Moi je dors en pyjama Batman avec des grosses chaussettes, mais chacun son truc, je juge pas.

J’aimerais aussi qu’on m’explique l’intérêt de caser une pseudo scène de sexe ratée à la page 26, ou de montrer notre brillante universitaire se balader dans la rue en Princesse TamTam.

C’est ce qui manquait au scénario tient, la culotte de Mathilde. Pourtant, le fait que Mathilde panique et sorte dans la rue à la poursuite des visions de Bosch qui désormais la poursuivent elle, ça aurait pu être vraiment chouette. Mais là, ça n’apporte pas grand chose. Ça confirme simplement la porosité entre les deux histoires racontées, et le fait que Mathilde est bien gaulée en plus d’être intelligente. La preuve, elle a des seins ET des lunettes.

Si le scénario et le dessin évitent l’écueil de l’austérité et du tragique en parlant de Bosch, il tombe en plein dans le piège de la caricature lourde et pénible pour tous les autres personnages.

 

J’ose à peine évoquer la représentation de Belzébuth à la fin de l’ouvrage, c’est encore beaucoup trop tôt pour que je puisse vous en parler sans me sentir mal. Sachez simplement qu’il a beaucoup de dents, beaucoup de poils, une seule expression faciale et qu’il a pris des cours de self-defense avec Mohamed Ali et Marcel Cerdan.

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La violence de cette scène étant parfaitement insoutenable, je vous demande d’éloigner les plus jeunes.

La fin est bâclée, rapide, et tout ça se termine sur une tentative de private joke entre Mathilde et le lecteur qui achève de transformer cette chouette démarche en eau de boudin. J’ai l’impression de voir quelqu’un se casser la gueule en direct à la télé sur une chaine nationale à une heure de grande écoute. Le malaise est total.

Les quelques pages, à la fin de l’album, qui résument la vie et les grandes œuvres du peintres sont bien faîtes et instructives, mais à ce compte là, autant acheter directement l’œuvre complète de Bosch aux éditions Taschen, et nous revoilà au point de départ, à retomber dans le sérieux, l’universitaire.

Je vous l’avais dit, que j’étais très déçue.

 

Caroline R.

 

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