Portrait d’artiste : Marie-Line Van Vuuren


Née en France, je vis depuis 1986 aux Pays-Bas où j’ai suivi mes études d’arts plastiques à Amsterdam.
Je travaille essentiellement in situ et mes installations éphémères sont majoritairement des commandes. Mon travail est présenté principalement aux Pays-Bas et en France, mais aussi en Allemagne, en Belgique, en Roumanie, en Pologne, en Thailande et au Vietnam.
Je m’inspire des lieux même, de leur spécificité associée à un contexte historique. À première vue, les œuvres peuvent paraître ludiques et drôles : figurines en plastique, textile coloré, clôtures kitsch. Mais en y regardant mieux, il s’agit toujours d’un engagement social. L’œuvre interroge notre rapport à la nature, questionne des problèmes d’éthique ou renvoie à des faits historiques ambigus.

Lors d’une résidence d’artiste en Thailande, j’ai trouvé une bouteille en verre abondonnée sur un piquet le long de la route qui mène au lac. Cet objet s’est révelé être le catalysateur du projet ’16 Memorials’ : une réflexion concernant les inévitables déchets domestiques jonchant les voies publiques. Enrubannée dans un nid en plastique, la bouteille en verre constitue la première intervention d’une série de 16 Memorials formant un parcours aux alentours du magnifique lac.
Réaliser une intervention artistique dans l’espace public ne figure pas au programme des écoles d’art en Thailande. Ce type de démarche est donc inconnu, ce qui m’a amenée à mener le projet sans autorisation préalable, engendrant parfois des moments délicats pendant sa réalisation. Les Memorials sont accompagnés d’un texte car transmettre un message par le biais de l’art nécessite une explication pour le public et les autorités concernées.

16 mémorial, Thaïlande, 2016

16 mémorial, Thaïlande, 2016

En 2014 , dans le cadre d’une intervention au Fine Art Museum d’Hô Chi Minh City au Vietnam, j’ai installé un banquet de mariage pour chiens. Une table de fête décorée avec faste à l’aide d’articles canins étincelants, achetés dans des boutiques pour animaux de compagnie en occident. Ainsi que plusieurs gamelles agrémentées de fausses pierres et de cœurs en paillettes. Cette installation joyeuse problématise la place du chien dans différentes cultures. Cette œuvre réunit deux extrêmes, le chien que l’on câline comme un humain et qui perd toute son animalité, et le chien qui devient nourriture pour finir sur le menu du jour.

Dans une petite chapelle bretonne, la structure symétrique des rangées de bancs est perturbée par un certain nombre d’exemplaires bancals, surélevés à l’aide de livres empilés au sol ; des livres écrits par des réfugiés ou parlant de réfugiés.
Un geste simple et conceptuel pour une œuvre poétique à double tranchant. L’installation au sein de l’espace intime de cette chapelle nous rappelle la situation précaire à laquelle sont confrontés actuellement d’innombrables réfugiés.

Mal-Aise, Détail, 2007

Mal-Aise, Détail, 2007

En 2004, j’ai semé des fleurs sous les fenêtres gauches des 158 maisons éclusières du canal de Nantes à Brest (360km).
Il s’agit d’un projet d’art plastique poétique et symbolique le long du canal de Nantes à Brest et inspiré par l’histoire émouvante de sa construction. C’est un hommage à la mémoire des hommes du Canal et à leur dur labeur.
Le Canal comprend 237 écluses et 158 maisons éclusières. La construction des écluses a requis un travail gigantesque. Chaque maison éclusière a abrité au fil des décennies différentes familles qui ont travaillé durement. A l’origine, presque toutes les maisons éclusières avaient leur fenêtre de cuisine située du côté gauche. On imagine aisément les réunions de ses habitants et des bateliers l’été, la fenêtre ouverte sur des conversations animées.
D’où le choix de semer des fleurs et de planter des bulbes sous les fenêtres gauches afin de redonner vie à ce passé.

Le murmure des lieux…
Marie Line Van Vuuren est une artiste du Vivre ensemble.
Elle a comme point d’ancrage le  patrimoine culturel, politique et social.
Ensuite vient la rencontre avec un lieu, une personne, une histoire, une mémoire et c’est dans ce pas vers l’autre qu’elle s’interroge et amorce son travail.
Telle une archéologue elle implante et déploie son grand chantier, entre recherches et créations.
Marie Line Van Vuuren scrute, observe, écoute et s’imprègne de ce que lui murmure notre société afin d’en rendre compte par des systèmes créatifs du fond à la forme, du mot au signe, de l’aplat au volume.
Rien ne lui échappe !
Ses œuvres prennent place et viennent nous raconter une histoire, nous délivrer un poème, ou remplir un silence. Le silence du plein et du vide, de ce qui se joue ou pas, de ce qui se donne à voir ou pas. Le silence est d’or et c’est à lisière de deux mondes que Marie Line Van Vuuren nous livre sans rien imposer une autre façon d’entrevoir l’existence, de l’appréhender.
Tel un secret ses œuvres chuchotent de par leurs matières, leurs espaces, leurs respirations. Les propositions plastiques de Van Vuuren sont un langage parallèle aux dires préexistants du lieu qu’elle revisite. Elle y crée des ponts, des métaphores, des énigmes et en transcende l’histoire initiale afin que nous y percevions autre chose. De cette approche et démarche artistique le spectateur prend part dans cette nouvelle proposition et en devient malgré lui acteur et passeur.
Son travail artistique nous pousse à s’interroger et réfléchir avec d’autres codes, clés que l’artiste nous soumet, à nous de les saisir ou pas. L’itinéraire bis car oui il s’agit bien d’un itinéraire que proposent les œuvres de Marie Line Van Vuuren, permettent la revisite, la résonnance et la transmission. Ce sont dans ces termes et volonté que Marie Line Van Vuuren est à mes yeux une artiste de l’initiation, du Vivre ensemble et de la mémoire.
Julie Perin (2012), directrice Alternatif-Art

Pour en savoir plus, RDV sur le site internet de Marie-Line !

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