Modigliani, prince de la bohème


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Pour les débuts de cette chronique, on attaque avec un artiste que j’aime tout particulièrement : Amedeo Modigliani. (Je sais je suis un trésor d’originalité) On va donc se pencher sur la bande dessinée éponyme, « Modigliani, Prince de la bohème », édité chez Casterman en 2014, écrit par Laurent Seksik et illustré par Fabrice Le Hénanff.

Si ma petite chronique ne vous donne pas envie de vous plonger dans l’œuvre et la vie de Modigliani, la couverture à elle seule devrait vous en convaincre.
Elle annonce du but en blanc la future caractérisation des personnages par la couleur : On y voit le visage du peintre dans lequel se cache celui de Jeanne. Modigliani, comme sur la couverture, est le plus souvent montré dans des teintes grises, bleutées, froides, et ses toiles – ses femmes, surtout sa Jeanne – sont représentées dans des tons chauds et vibrants.

Modigliani, parce qu’il est atteint de tuberculose et de mauvaise humeur, Modigliani, parce qu’il ne crois plus en son futur succès, Modigliani, parce qu’il voudrait aller faire la guerre mais reste condamné à boire des godets dans tout ce que Paris compte de trous à rats, est un personnage fondamentalement mortifère.
Jeanne, parce qu’elle est avenante, Jeanne, parce qu’elle est amoureuse, Jeanne, parce qu’elle est enceinte, est un personnage fondamentalement vivant.
Bon, si je voulais chipoter, je vous dirais que, quand même, le coup de la femme solaire qui excuse et rattrape les élans de colère et de tristesse de son amoureux torturé grâce à sa chaleur, son sourire, et sa bienveillance, c’est du déjà vu.
On pourrait même considérer cela comme une paresse dans l’écriture, si on ne prenait pas en compte le fait que… c’était probablement la réalité de leur vie de couple.
Il est évident que le respect de l’histoire avec un grand H a été soigné. Résultat, si je m’amuse à compter toutes les situations ou répliques misogynes du livre, je triple la longueur de mon article. Je vous laisse le soin de les repérer vous même. Moi j’en ai fais un jeu à boire.

Par contre, accrochez vous, parce que Modigliani est tout de même un sacré emmerdeur. Entre ses crises contre sa femme qui n’a rien demandé à personne, contre son agent qui malgré sa bonne volonté se fait hurler dessus toutes les 30 secondes, et contre le reste du monde en général, on se demande où monsieur trouve encore l’énergie et le temps de peindre. Amis lecteurs friands du cliché de l’artiste odieux et torturé, prenez un siège, vous êtes chez vous.

L’atout majeur de cette BD reste l’aspect visuel. Le dessin, la couleur, l’agencement des plans… Tout est très réussi. C’est un véritable plaisir pour les yeux, ça a du sens, la caractérisation des situations et des personnalités des protagonistes par la couleur est très efficace. Il s’installe dès les premières cases une véritable atmosphère. C’est fluide, bien construit, référencé, techniquement très aboutit.
Et c’est là que le bas blesse.

C’est chiant. C’est impeccable historiquement parlant mais la narration manque cruellement de pédagogie. L’absence d’expressions faciales des personnages bloque l’immersion dans le récit. Le registre de langue est assez ampoulé. Résultat, l’image et les dialogues se superposent sans jamais se rencontrer vraiment, sans jamais s’appuyer mutuellement l’un sur l’autre. C’est froid, c’est neutre, on est plus face à un documentaire sous forme de cases que face à une bande dessinée à part entière. Un documentaire Arte. Un documentaire Arte diffusé la nuit.
Où est le Prince de la bohème ? On ne nous offre ici que son pâle reflet avec un cartel explicatif à coté.
Si l’histoire avec un grand H, comme je le disais plus haut, à été traitée avec beaucoup de soin, ce fut peut-être au détriment de l’histoire tout court.

Lisez cette bande dessinée, vous y apprendrez des choses et vos yeux se régaleront de bout en bout. Vous trouverez même là une chouette idée de cadeau pour les 56 ans de votre oncle historien de l’art.
Mais lisez la à là Fnac.

Caroline

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