Les « photographies-vivantes » de Lia Giraud


Lorsque j’ai, pour la première fois, entendu parler des « photographies vivantes » de Lia Giraud, je ne soupçonnais aucunement ce que j’allais découvrir. Mon imagination, si ordinaire, s’est concentrée sur Harry Potter alors que les réminiscences de ma formation en histoire de l’art ont rappelé à mon bon souvenir des cours sur les tableaux vivants en photographie.

Cela n’a, en réalité, rien à voir. Aucun rapport. Ces photos vivantes, également appelées algae-graphies de leur nom scientifique, relèvent du domaine de l’expérience artistique et scientifique. À la croisée des disciplines : un véritable partenariat entre art et science.

Décrivons brièvement (autant que possible) le procédé, à la manière d’un cours de S.V.T.

De quoi sont composées les alae-graphies?

Question assez légitime. Après avoir testé divers organismes, telles que les cellules végétales ou les cyanobactéries, les micro-algues se sont révélées être les plus adaptées au processus. Plus connues sous le nom de phytoplanctons, les micros-algues regroupent des milliers d’espèces qui ont toutes en commun une donnée physiologique : la photosynthèse oxygénique. Qu’est-ce donc ? Cette réaction, en captant l’énergie lumineuse au niveau des chloroplastes, assure la transformation du carbone inorganique en énergie chimique. Ainsi l’eau et le dioxyde de carbone sont changés en sucre et en oxygène. Ces mêmes chloroplastes abritent aussi plusieurs types de protéines dont les chlorophylles (que nous avons tous étudiées au lycée) à l’origine de la couleur verte des plantes, des algues, et donc des images.

Comment se forment les images ?

Comme le dit parfaitement Lia Giraud (ne nous embêtons pas à reformuler c’est si bien expliqué), « elles sont créées par des micro-organismes photosensibles capables de capter la lumière et de ‘développer’ des images selon un principe similaire à la photographie classique ».

Les procédés sont effectivement, jusqu’à un certain point, analogues. Dans le cas de la photographie argentique, le négatif résulte de la modification de la structure chimique des sels d’argent suite à une exposition à la lumière. C’est-à-dire que le papier est enduit d’un composant photosensible, qui réagit à la lumière et permet de capturer et d’emprisonner une image (la pauvre, c’est si dramatique…). C’est donc le sel de bromure d’argent qui fait tout le travail, alors que ses petits, riquiqui cristaux noircissent à la lumière.

De la même manière, plongées dans un milieu chimique particulier et exposées à une image projetée, les micro-algues « s’adaptent à la lumière » et « se concentrent » pour former des aplats de matière verte. Les cellules, se regroupant, créent des nuances façonnant l’image. De façon logique, les zones les plus sombres regroupent une quantité plus importantes de cellules et inversement, à l’instar du négatif traditionnel. Si le résultat apparaît similaire, le fait est que l’un est dû à un assombrissement, et le second à un regroupement de la matière.

L’expérience Exposer/ Flasher illustre parfaitement le phénomène puisqu’il a été filmé. Une image est projetée alors que simultanément le processus est filmé. Pour en voir le résultat, il vous suffit de suivre ce lien : http://www.liagiraud.com/experiences/exposerflasher/.
Avec cette technique inédite Lia Giraud salue l’invention de la photographie tout en la renouvelant.

 

Pour conclure, ce ne sont pas tant les images que leur élaboration qui font l’intérêt de l’œuvre de Lia Giraud. Ses travaux cristallisent et questionnent de nombreux concepts de l’art et de son histoire. La vidéo Battement d’aile de l’éphémère interroge, sans surprise le temps, « grâce à la mobilité des cellules, l’image se forme et se disperse sous l’action de la lumière ».

L’œuvre La Canopée et les 5 détails de Entropies sondent la relation à la nature et le caractère transitoire et fugace d’un système.

Lia Giraud- La Canopée

L’expérience Exposer/Flasher sollicite le mouvement, celui des micro-algues qui se déplacent pour former l’image, mais aussi celui de l’image elle-même, qui n’est pas fixe dans le temps, et finira par disparaître.

Tant par sa technique que par les thèmes de ses alea-graphies Lia Giraud se joue des flux, des interactions et relations réciproques : entre les discipline, entre les matières, entre l’homme et son environnement.

Si l’oeuvre de Lia Giraud vous a plu je vous conseille de faire un tour sur le site de l’artiste : http://www.liagiraud.com/videos/cultures/. Vous pourrez y découvrir bien des œuvres et expériences, personnellement j’en ai fait le tour (3 fois).

Sigourney

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