Mari Minato – Formes sans fin


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© Photographies : Baptiste François

L’œuvre que je vais vous présenter ici pour mon premier article sur Culturia est une installation permanente de l’artiste Mari Minato. Il s’agit de l’œuvre Formes sans fin, (issue de la série Lénapes) réalisée en 2014 sur les murs de la salle de rencontre du service de néphrologie de l’hôpital Necker, un hôpital pour enfants situé dans le 15 arrondissement de Paris.

Mari Minato est une jeune artiste japonaise vivant en France. Elle a exposé à « L’art dans les chapelles » (2012), au festival de Montrouge (2014) et à la galerie Richard (2015) où j’ai d’ailleurs pu la rencontrer.

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© Photographies : Baptiste François

Son art est fait de « traces acidulées » de peinture acrylique sur de grandes surfaces blanches, qu’il s’agisse de murs ou de papier. Le terme de “trace” convient parfaitement à sa manière d’aborder la peinture puisque son tracé est aussi aérien qu’immuable, aussi fluide que précis. Ses couleurs très contrastées entre elles et contrastant avec le fond immaculé, s’imbriquent et se mélangent sans jamais se confondre. Leurs teintes possèdent une douceur et une vivacité que le collectionneur Gilles Fuchs a qualifié d’enfantines, et qui m’évoquent le pétillant des bonbons acidulés.

L’influence de la calligraphie japonaise, avec la gestuelle enlevée et le recours au fond blanc, se mêle au médium contemporain qu’est la peinture acrylique. Celle-ci confère aux œuvres netteté et légèreté, tant sur les petits détails que sur les grands aplats.

L’insertion de l’art contemporain dans ce type de bâtiments fait partie d’une démarche déjà bien installée, consistant à apporter de la vie dans ces lieux aseptisés; et ce de manière à rendre un peu plus agréables les séjours hospitaliers. Formes sans fin recouvre les murs d’une petite salle destinée au dialogue entre les familles d’enfants malades et le personnel soignant. L’œuvre de Mari Minato s’empare donc d’un lieu destiné à des parents inquiets. Or, de par sa disposition et sa composition, cette installation se veut rassurante. Elle se compose de grands motifs ondulants, accrochant la lumière grâce à la présence d’aluminium, donnant plus de pesanteur à ses motifs, et plus de profondeur à la pièce. Cette utilisation du métal s’inspire directement de la technique traditionnelle japonaise du kinpaku qui consiste à peindre sur une feuille d’or. Le rendu métallique renforce la vivacité des couleurs et créé des jeux de lumière.

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© Photographies : Baptiste François

 

Si l’on s’attarde un peu sur l’œuvre, on s’aperçoit que l’artiste a inséré une anamorphose : lorsque la porte est ouverte d’une certaine manière – comme sur la photo – elle rejoint et continue le motif peint sur le mur d’en face. Un procédé, qui surprend le visiteur dès son arrivé dans la pièce, met surtout en exergue la fonction du lieu – le dialogue – en faisant dialoguer les formes.

Il faut aussi savoir que le bâtiment Laenec, où se trouve l’installation, est situé sur l’ancien emplacement de l’atelier de Brancusi. Et c’est en connaissance de cela que Mari Minato a créé une œuvre sans fin, pour expliciter le dialogue de l’art à travers les lieux, les siècles et les artistes. C’est aussi une allusion à La Colonne sans fin de Constantin Brancusi, à laquelle elle s’adresse avec ses formes ondulantes et son titre Formes sans fin.

Cette installation, comme beaucoup des installations de l’artiste, va à la rencontre d’un public plus vaste que celui des galeries ; et sa jovialité plastique permet une adhésion intuitive du visiteur qui ne peut que la voir. C’est aussi cette jovialité, alliée à l’aluminium, qui permet d’éviter, malgré la taille et l’omniprésence des motifs, l’étouffement visuel.

Ici encore, Mari Minato se distingue par sa propension à l’harmonie et son empreinte visuelle unique faisant d’elle une artiste de demain.

Le site de l’artiste : http://www.mariminato.com/

Caroline Delattre

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