Diane ALAZET


Actuellement étudiante en troisième année de licence d’histoire de l’art à Paris 1, j’ai choisi cet itinéraire pour toucher à la moelle des œuvres. Je voulais comprendre les enjeux de ces artefacts humains, puiser chez nos grands maîtres, m’abreuver de leurs débats. Et c’est, pour une part, ce que l’université m’a apporté.

Depuis 2012 environ, mes travaux artistiques avaient pour ligne directrice le rapport de la photographie aux autres arts, et tout particulièrement à la peinture, à la poésie et à la littérature. Mes photographies s’appuyaient alors très fréquemment sur l’esthétique de mouvements picturaux ou encore sur l’interprétation de scènes littéraires, l’illustration de poèmes de maîtres ou encore les portraits imaginaires de personnages célèbres, sortis droit d’un roman ou d’un épisode historique. D’autres fois encore, je tentais de transposer les mythologies grecques, romaines ou celtes, dans un monde plus contemporain, en trouvant, par exemple, dans un visage actuel, une muse pour un grand maître ou pour une école du passé.

Mon second thème de prédilection résidait alors dans l’expérience scientifique ou cosmologique : travailler les éléments, notamment les rapports du verre, de l’eau et de la lumière entre eux, ou encore la transformation d’une scène banale en épisode spirituel.

Mais ces quelques derniers mois ont violemment renversé mes conceptions artistiques, laissant un terrain vague, en friche, là, priant patiemment pour que de nouveaux germes viennent progressivement remplacer les vieux os.

Voilà ce que ces doutes ont produit : Le photographe doit produire du sens ;  observer, sélectionner, capter l’apparence du monde pour en approfondir la substantifique moelle. L’obturateur ne sera pas le servile esclave du réel, il devra, plus fondamentalement, calculer l’impact des scènes qu’il capture pour leur attribuer une signification plus élevée. Le monde doit être creusé, épuisé, surmonté, que le « flâneur à l’appareil » fixe un instant de vie dont la banalité du sens devra être transcendée.

Le cliché instantané aura deux référents, le monde réel et le monde fantasmé. Dans le premier paradigme, il s’agira pour le photographe de sélectionner des scènes sur le vif. Expliquons nous, le photographe définirait alors toute une grammaire stylistique et conceptuelle qui référerait son image à un second univers, fantasmé cette fois, prenant l’apparence du monde comme base pour venir subtilement le creuser, le subvertir. Ce second univers aurait ses codes propres, utopie ou distopie selon la scène captée.

Le but de cette démarche étant dicté par une valeur éducative, à savoir la nécessité de sortir d’une perception dogmatique du réel, déconstruire pour creuser. La dictature du quotidien n’est possible que lorsque nous sommes coincés dans un point de vue unique. Le but de ce processus est de montrer une autre perception du monde, une autre version, une mise en perspective. C’est la brèche perceptive comme issue de sortie.

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